lundi 10 novembre 2014

Un Mur tomba, un Mur tombera (ou : la pépite berlinoise)

Il y a 25 ans, les Berlinois de l’est franchissaient librement le Mur qui les enfermait dans un monde où le bonheur était aboli. Largement sapé par des décennies de négation de la nature humaine, le « bloc socialiste » s’effondrait.

Ce Bloc reposait sur une économie dirigée par une planification centrale, qui produisait des biens et services sans se soucier réellement des besoins des consommateurs. Pourquoi s’en soucier d’ailleurs, puisque l’emploi était garanti à vie, qu’aucune entreprise ne pouvait faire faillite puisque tous les moyens de production appartenaient à l’Etat, et qu’il n’était pas très dérangeant d’attendre plusieurs années la livraison de son automobile vu qu’il n’y avait aucune innovation. De toute façon, contents ou pas, les citoyens-consommateurs n’avaient pas le droit de s’exprimer, et l’on sait bien à quel prix.

Depuis le 9 novembre 1989, le modèle de société basé sur la liberté individuelle, l’état de droit, la liberté économique a triomphé (je ne dis pas qu’il est parfait). Or, que font nos organisations ? Elles continuent de vivre dans un monde planifié, corseté, « pyramidalement » déconnecté de nombreuses réalités. Bref, elles ne tiennent pas compte de ce qui motive profondément chaque être humain, ce qui se traduit dans les désastreux chiffres du niveau d’engagement des salariés.

Beaucoup d’organisations ont des plans stratégiques. Des budgets. Des objectifs de production. Un certain nombre voit l’essentiel des effectifs s’inquiéter plus de la politique interne que de la satisfaction des clients. Souvent, les grands programmes dérapent, reportant l’amélioration de la compétitivité et/ou des conditions de travail aux calendes grecques, sans que les responsabilités soient prises. Enfin, l’espace de liberté de nombreux employés se limite aux boîtes à idées, arbitrées par la ligne du parti culture corporate, trop souvent loin de toute considération de réalité. Toute action est contrôlée et suivie de multiples manières : suivi des objectifs, reporting, suivi budgétaire, suivi d’activité, suivi de projet, etc. Nos entreprises sont bâties sur le modèle dit de « bureaucratie hiérarchique » considéré comme le plus efficace par Max Weber - au début du XXème !

A l’inverse, les entreprises libérées sur-performent les entreprises classiques en se basant sur la confiance plutôt que le contrôle, le principe de réalité plutôt que la planification, l’initiative plutôt que la déresponsabilisation, l'émulation plutôt que la promotion, et l'auto-organisation plutôt que la hiérarchie. Les employés y sont extrêmement engagés, en un mot : heureux. 

Le prochain Mur à tomber sera-t-il celui qui enferme le bonheur à l’extérieur de l’entreprise ?

Mstislav Rostropovitch jouant Bach devant les restes du Mur, le 11 novembre 1989

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