vendredi 5 décembre 2014

L'Eldorado : les pépites de l'aventurier


« Aventure ! »


Prononcez ce mot magique et vous sentirez le vent des plaines de l'Ouest, les sables recuits du Sahara, les embruns levés par les déferlantes, ou l'ivresse du cosmonaute tourbillonnant dans l'espace !

« La création d'entreprise est probablement l'une des formes les plus élaborées des dernières grandes aventures modernes » dit Bernard Maître, un des pontes français du capital-risque. Pourtant, qu'elle semble lointaine, l'Aventure...

L'horizon du matelot-salarié est bouché par la lumière blafarde de l'écran, ses doigts agiles ne font vibrer que des touches de clavier, le tonitruant conf call du voisin de bureau a remplacé le chant des sirènes, et la météo capricieuse d'Excel scelle un destin d'un coup de sablier tourbillonnant, prémisse à l'engloutissement d'une demi-journée de travail non sauvegardée.

L'horizon du capitaine-patron se borne à un plan de navigation dicté par Powerpoint. Son second rythme les journées par d'incessants calculs de position du navire, pour s'assurer de suivre contre vents et marées le cap tracé, des mois auparavant, dans les salons dorés de l'Amirauté. Son journal de bord est disséminé dans la forêt vierge des comptes-rendus, l'armada réunie par sa volonté s'englue dans les sables du marasme économique, et les canons de l'innovation ne tonnent plus : ils furent largués de longue date pour passer au-dessus des récifs de la réduction des coûts.


L'entreprise que nous connaissons est-elle encore une aventure ? S'aventurer, n'est-ce pas oser quitter les rivages connus ? Christophe Colomb a quitté les rives archi-connues de la Méditerranée en faisant confiance à une poignée d'intuitions et de connaissances (il a certes magistralement planté son business plan mais a récolté bien plus de lauriers qu'il ne l'avait imaginé...). Aujourd'hui, les intuitions sont remisées sur les étagères de nos organisations "scientifiques" du travail, et les connaissances moisissent dans les nombreux placards de la routine bureaucratique.

  • A quand remonte la dernière fois que l'on s'est demandé quel était le but réel de l'expédition ?
  • Le capitaine s'est-il demandé sur quoi repose son leadership ? Fait-il réellement confiance au second, au quartier-maître, à l'équipage qu'il a lui-même recruté ?
  • L'équipage est-il informé de la mission ? Sait-il mesurer la position, le tirant d'eau, la profondeur, la vitesse, l'état des réserves d'eau et de nourriture ? Connaît-il les caractéristiques des navires concurrents ? Chaque marin est-il formé à mener sa barque ?
  • L'équipage partage-t-il l'information en confiance ou s'épuise-t-il à relayer d'incessantes rumeurs ?
  • L'équipement de bord est-il fonctionnel, net, performant ou usé et rongé par le sel ?
Que de questions, et autant d'habitudes à changer. Mais l'habitude n'est-elle pas le contraire de l'aventure ? 
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