dimanche 15 février 2015

Pourquoi le bonheur vaut de l'or

Parler de bonheur au travail peut déranger, étonner, surprendre. L'entreprise est-elle dans son rôle si elle s'intéresse au bonheur  de ses salariés ? Peut-elle prétendre savoir à la place des gens ce qui les rend heureux ? Le sujet se présente rapidement comme une vaste pente glissante propre à enchaîner tous les dérapages possibles...

Dans la foulée des Journées du bonheur au travail organisées à La Gaîté Lyrique à Paris les 12, 13 et 14 février, je vous invite à creuser ce sujet... détonnant.

"Favoriser le bonheur dans l'entreprise",
 atelier animé par Laurence Vahnée,
avec 5 patrons engagés dans le bonheur au travail
Le bonheur au travail, qu'est-ce que c'est ?

D'abord, c'est une ambition. Thierry Gaillard, DG d'Orangina-Schweppes, avoue avoir été sceptique lorsque Laurence Vahnée, Chief Happiness Officer de la Sécurité sociale belge lui a parlé du sujet : "le mot bonheur dérange un peu. Je me suis dit : 'pourquoi ne pas parler de bien-être ?' Puis j'ai compris que le bien-être consiste simplement à créer les conditions pour que les gens travaillent bien. Le bonheur est une ambition. Le vrai Graal, c’est le bonheur".

Dit autrement, en améliorant les conditions de travail des collaborateurs (bureaux plus spacieux, mobilier plus ergonomique, réduction du bruit, salles de pause plus agréables, et pourquoi pas babyfoot et bornes d'arcade...), l'entreprise améliore leur bien-être. Donc, uniquement les conditions dans lesquelles s'exerce le travail. C'est une condition nécessaire du bonheur au travail... mais non suffisante !

S'occuper de l'amélioration de l'intérêt du travail en lui-même, pour qu'il devienne un facteur d'épanouissement des employés, c'est travailler aux conditions qui favorisent le bonheur.

Source : Gallup
Pourquoi s'intéresser au bonheur au travail ?

Parce que cela améliore la performance. Les salariés plus heureux sont plus productifs, plus innovants, plus présents (moins d'absentéisme, moins de maladie, moins de turnover), plus collaboratifs, etc. Plus concrètement :

- le taux d'absentéisme des salariés engagés est inférieur de 37%.

- le taux de rotation du personnel (turnover) est inférieur de 25% dans les industries à fort taux de turnover et de 65% dans les industries où il est plus faible. Inutile de préciser les immenses gains en temps (entretiens, montée en compétence), en argent (formation), et en ressources (service recrutement) que cela implique...

- il y a 2 fois moins d'accidents au travail (-48%).

- le taux de défauts se réduit de 40%... No comment !

- la productivité s'améliore de 20%. Dit autrement, lorsque vous avez 5 employés heureux, le 6ème est gratuit !

Ces chiffres sont issus d'une enquête très sérieuse réalisée tous les 2 ans, au niveau mondial, par Gallup*. Mais ils sont confirmés de manière empirique par les patrons d'entreprises ayant fait du bonheur au travail le coeur de leur préoccupation (la fonderie FAVI, le groupe biscuitier Poult, le groupe Inov'on, le spécialiste thermique Hervé, le fabricant de tissus Gore, etc.).

Au-delà de tous ces éléments économiques, il est très agréable d'imaginer que des entreprises ont abandonné le modèle bureaucratique que nous connaissons tous, pour retrouver le véritable sens du mot entreprise : un ambitieux projet commun.


Kiabi, empire de la mode
 bon marché, affiche son souci
 de développer le bonheur au travail
Le bonheur au travail, un effet de mode ?

Oui, c'est une forme d'effet de mode, comme l'ont été la sécurité, la qualité, le Lean, etc.

Mais passé l'effet de mode, ces disciplines ont intégré le coeur des organisations. Pour les dirigeants en pointe sur le sujet, le bonheur au travail sera donc, dans quelques années, un incontournable en entreprise.

Vous n'êtes (toujours) pas convaincu ?

Je laisse la parole aux patrons présents à la conférence d'ouverture des Journées du Bonheur au travail :

- "Vous n'êtes pas convaincu ? N'y allez pas !", dit Nicolas Peltier du Groupe Anatole, insistant par là sur l'indispensable intime conviction du dirigeant.

- "Qui n'aspire pas au bonheur ?", demande Thierry Gaillard d'Orangina-Schweppes, démontrant que les salariés ne peuvent que souscrire à une telle démarche...

- "N'y allez pas, mais vous allez mourir", pronostique Michel Hervé, du groupe Hervé Thermique !

- "Je ne sais pas comment on explique la foi à quelqu'un qui n'est pas croyant, mais on peut s'attacher aux preuves", dit Frédéric Lippi des clôtures du même nom, dont les employés ont communiqué leur enthousiasme un peu plus tard durant ces Journées.

- "Si vous êtes un concurrent, n'y allez pas !", plaisante Frédéric Peduzzi, un entrepreneur en bâtiment bien content de se démarquer par l'engagement de ses salariés.


Les bénéfices liés au bonheur au travail,
synthétisés par Céline Pernot-Burlet


* Gallup, State of the Global Workplace Report 2013